Transgressions par In The Moonlight



Résumé: Jarod employé d'ambassade à Mexico, enquêtant sur une affaire "d'esclaves modernes", Mlle Parker sur la piste de sa mère, et quelques souvenirs d'enfance...
L'histoire se déroule pendant la saison III, entre Meurtre Parfait (Murder 101) et Chasseur de têtes (Mr Lee).
Note: Tout public starstarstarstarstar
Catégories: Le Caméléon
Personnages: Aucun
Genres: Général
Avertissements: Aucun
Challenges: Aucun
Séries: Aucun
Publiée: 11/06/2003
Mise à jour: 12/06/2003


Transgressions par In The Moonlight
Chapter 1: Prologue
Note de l'auteur:

Evêché de La Nouvelle-Orléans, Louisiane

Peut-être aurait-elle dû porter une jupe plus longue.

Moins courte, en tout cas. La pensée lui vint lorsque la soeur assise sur un fauteuil raide de la salle d'attente considéra avec attention, d'un air plus amusé et surpris que choqué, ses jambes largement découvertes et encore allongées par des chaussures à talons hauts. Peut-être aurait-elle porté une jupe plus longue si elle avait su avant que le chauffeur ne se gare devant l'évêché où le jeu de piste de Superboy s'achèverait. Peut-être. L'idée disparut aussi rapidement qu'elle était apparue lorsque Parker resitua le problème, et le problème n'était pas la longueur de ses vêtements ou la hauteur de ses talons, mais la raison pour laquelle Jarod avait passé une semaine au milieu d'une armée de prêtres en chemises noires à col romain et de bonnes soeurs en robes gris et blanc. Elle regarda Sydney et Lyle; le réducteur de tête étudiait comme s'il s'était agi de la plus fabuleuse des oeuvres d'art le visage tourmenté du Christ en croix qui accueillait les visiteurs, et Lyle leur tournait le dos, mains dans les poches, absorbé, ou prétendant l'être, par le spectacle de la rue. Elle n'avait pas plus choisi ses compagnons de route que la destination de son voyage et elle soupira lourdement, ce qui lui valut un coup d'oeil empli de sympathie de la religieuse.

L'épaisse porte en bois ouvragé dans laquelle s'enchâssait une poignée de cuivre s'écarta silencieusement et un prêtre grand et maigre pénétra dans l'antichambre au pas de charge. Ses yeux bleus, dont l'éclat était à peine atténué par les fines lunettes juchées sur son nez, se posèrent sur la nonne.

"Mère Mary Patrice, dit-il avec un signe de tête en guise de salut. Son Excellence vous prie d'excuser ce retard, il est retenu au téléphone par l'archevêque de Séville." Son interlocutrice hocha la tête d'un air entendu. "Si vous devez retourner à vos affaires, je peux vous faire reconduire et vous donner un autre rendez-vous demain. Dans le cas contraire, Son Excellence pourra vous recevoir dans quelques minutes."

La religieuse consulta sa montre - Swatch bleu et vert, remarqua Mlle Parker.

"Non, je peux encore attendre, mon père. Je vous remercie.

- Très bien." Il pivota vers Parker et Sydney avec décision, comme passant les problèmes en revue avec méthode. "Mlle Parker? Je suis le père Henry O'Malley, je m'occupe du secrétariat de l'évêché. Si vous voulez bien me suivre, je répondrai à vos questions."

Parker claqua des doigts pour attirer l'attention de Lyle qui n'avait pas bougé de sa fenêtre.

"Mon associé, M. Lyle, s'est joint à nous au dernier moment," expliqua-t-elle au prêtre.

Celui-ci les conduisit le long d'un petit couloir jusque dans un bureau qui, à l'exception de l'inévitable crucifix et de quelques photographies, aurait pu être celui d'un cadre de n'importe quelle entreprise. Il saisit l'étui à cigarettes posé près de l'ordinateur et l'ouvrit.

"Vous fumez? demanda-t-il à ses visiteurs.

- J'ai arrêté," répondit Parker en se demandant pour la millième fois si cela avait été une bonne idée.

Le père Henry considéra les cigarettes, poussa un soupir et referma l'étui, trop charitable sans doute pour en allumer une en présence d'une fumeuse repentie.

"J'aimerais avoir votre volonté, mademoiselle.

- Ainsi, intervint Lyle, Jarod a travaillé une semaine parmi vous.

- Cinq jours, corrigea le prêtre en s'asseyant dans son fauteuil en cuir. Il n'a pas fallu plus de temps au père Jarod pour localiser le hacker qui nous harcelait depuis quelques mois."

Parker haussa les sourcils.

"Le père Jarod?"

O'Malley sortit d'un tiroir de son bureau un album en cuir noir.

"Il a vraiment fait de l'excellent travail."

Il feuilleta rapidement l'album et le tendit, ouvert à une page précise, à Parker et Lyle qui s'étaient assis en face de lui. Debout derrière eux, légèrement en retrait, Sydney se pencha pour voir de quoi il retournait.

Le père O'Malley était possédé par le démon de la photographie. Au milieu de scènes de rue, de couchers de soleil flamboyants sur les bayous locaux et de monuments européens et américains, figuraient plusieurs clichés de ses confrères et consoeurs, généralement dans l'exercice de leurs fonctions. Ce qui signifiait, dans le cas de Jarod, perdu au milieu d'un éventail de moniteurs et de claviers d'ordinateur, listings empilés à portée de main. Décor moderne mis à part, rien ne manquait à la panoplie du parfait prêtre, chemise noire, col romain, croix au revers et sourire angélique.

Et il ressemblait à peu près autant à un prêtre qu'elle à une missionnaire, ce qu'il avait une fois prétendu qu'elle l'était.

"Vous avez parlé d'un hacker? releva M. Lyle.

- Il s'est avéré qu'il s'agissait d'un mormon fanatique qui se plaisait à infecter notre réseau avec un virus dont la caractéristique principale était d'effacer le contenu de nos fichiers et de le remplacer par des insultes en latin." Il marqua une pause. Derrière les lunettes, les yeux d'un bleu métallique se plissèrent en paraissant vouloir contenir un amusement déplacé. "Des insultes particulièrement obscènes.

- Le père Jarod logeait à l'évêché?" demanda Sydney. Le père Henry approuva du chef. "Serait-il possible de voir sa chambre?"

*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Le père O'Malley les fit sortir de son bureau, traverser un petit salon, puis un couloir et il ouvrit une porte qui donnait sur un escalier en colimaçon.

"Je vous montre le chemin."

La chambre ressemblait à une cellule de séminaire en plus confortable. Murs tapissés de papier écru à fines rayures, parquet ciré sur lequel avait été jeté un tapis, lit à une place couronné de l'obligatoire crucifix, armoire à glace et bureau tenant du pupitre d'écolier. Sur la table de chevet, une petite lampe et une bible rangée à l'équerre. Le lit avait été fait au carré, draps blancs et couvertures bleues impeccablement tirés.

Parker s'immobilisa sur le seuil le temps d'enregistrer le décor, puis elle traversa la pièce, ses talons claquant sur le plancher, et elle alla jusqu'à l'armoire. Collection de chemises noires soigneusement empilées sur les étagères, clergymen et même une soutane dans la penderie.

"Quelqu'un s'est installé ici depuis le départ du père Jarod? demanda M. Lyle à leur guide.

- Non, il s'agit d'un logement pour certains de nos hôtes de passage."

Parker considéra le décor austère et paria avec elle-même sans trop de risque que l'archevêque de Séville avec lequel bavardait téléphoniquement Son Eminence ne dormirait certainement pas là s'il se hasardait à venir faire un tour à La Nouvelle-Orléans. Bien sûr, ce n'était pas l'ambiance quelque peu spartiate qui avait dû déranger le petit prodige de Sydney.

O'Malley lança un coup d'oeil en direction de l'armoire.

"J'ignorais que ses affaires étaient encore ici.

- Je doute qu'il en ait besoin de nouveau, fit Mlle Parker. Vous aurait-il laissé quelque chose? Un cahier rouge?"

Le prêtre secoua la tête.

"Pourquoi tenez-vous tellement à rencontrer Jarod? demanda-t-il.

- Nous voudrions le remercier. Il s'est montré extrêmement... charitable avec notre famille."

Lyle approuva d'un large sourire et vérifia les tiroirs de la table de nuit puis du bureau. Il sortit de celui-ci un cadre abritant une photographie, ainsi que le cahier rouge que Jarod ne manquait jamais de laisser derrière lui.

"Mlle Parker...," fit-il.

Il conserva le cadre mais lui tendit le cahier, qui ne contenait rien de plus que l'habituel collage d'articles. Cette fois-ci concernant un hacker mormon fanatique et les piratages qu'il avait fait subir au système informatique de l'évêché. Quand elle releva les yeux, ce fut pour voir Lyle qui contemplait la photo d'un air sarcastique.

"Qu'est-ce qu'il y a?" demanda-t-elle sèchement.

- Tous mes voeux."

Il lui donna le cadre.

Jarod avait relégué son col romain aux oubliettes. Il arborait à la place le costume gris, la cravate rayée et l'air heureux de tout jeune époux américain sortant de l'église. Elle serra les dents; que Superboy nourrisse des fantasmes de voeux éternels et de pluie de riz, parfait pour elle tant qu'il ne l'impliquait pas dans ses délires. Or, c'était précisément ce qu'il avait fait, puisque le visage souriant au milieu d'une cascade de tulle blanc était le sien.

Elle regarda le cliché pendant quelques secondes, abasourdie et mortifiée, et elle sentit le rouge lui monter au front. La photo avait été prise... le montage, se corrigea-t-elle, le montage avait été effectué avec en décor une petite église de style hispanique comme on en trouvait des dizaines en Californie ou au Nouveau-Mexique. Elle releva la tête. Lyle avait remis sa main gauche, celle à laquelle il manquait le pouce, dans la poche de sa veste et il fournissait de louables efforts pour ne pas lui rire au nez. Sydney et le prêtre approchèrent et, avant qu'elle ait pu les empêcher, étudièrent le cadre d'un air inquisiteur. Le réducteur de tête ouvrit la bouche pour émettre un commentaire, croisa le regard de Parker, et se ravisa. Il se contenta de reculer de quelques pas et de pincer les lèvres pour ne pas sourire.

Le père O'Malley, de son côté, était à mille lieux de ces considérations. Il écarquilla les yeux, ne parvenant à se détourner de la photo que pour dévisager Parker.

"Vous voulez dire que Jarod n'est pas... Que lui et vous êtes..."

Il n'acheva pas sa phrase et se contenta d'esquisser des gestes qui se voulaient expressifs.

"Certainement pas! trancha Parker.

- Ca pourrait être pire, lui dit Lyle d'un ton curieusement compatissant.

- Je ne vois pas comment.

- Grâce à lui, j'ai un pouce en moins..." Il sortit sa main gauche, gantée de rouge, et l'agita sous le nez de Mlle Parker sans se soucier du regard ébahi du prêtre. "... et il a fait exploser ma voiture. Ca pourrait être pire qu'un faux mariage. Ce que je ne comprends pas, ajouta-t-il songeusement, c'est pourquoi."

Sydney ouvrit la bouche; Parker le devança.

"Pour me pourrir la vie, rien de plus, dit-elle avec assurance. C'est généralement une motivation bien suffisante pour Jarod." Elle tourna les talons pour sortir de la chambre. "Tu penses qu'il en avait une autre en tirant au lance-roquettes sur ta décapotable flambant neuve?"

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